AVEC LE TEMPS TOUT FINI PAR SE SAVOIR, MEME SI ON NE SE PRESSE PAS(Euripide)
Quand la France payait l’ "impôt révolutionnaire" au FLN algérien...?
L’état français aurait accepté
en 1959 de verser une sorte d’"impôt révolutionnaire"
au Front de libération nationale (FLN) en échange de la promesse
que les pipelines qui évacuaient les hydrocarbures du Sahara ne seraient
pas sabotés.
mardi 19 octobre 2004
La révélation en a été faite en 1983 à un
jeune historien, Daniel Lefeuvre, par celui que le général de
Gaulle, après s’être débarrassé du général
Salan, avait chargé de mettre en œuvre le plan de Constantine pour
le développement de l’Algérie, Paul Delouvrier.
"Le gaz est sorti parce que je me suis entendu pour que jamais les fellaghas
ne le touchent. Et les compagnies ont arrosé suffisamment, et elles arrosaient
les gens qui, après, allaient acheter des armes pour tuer des Français",
raconte au soir de sa vie M. Delouvrier, dans un entretien publié dans
un numéro spécial de Science et Vie consacré à "la
dernière guerre des Français".
Sans être une révélation, l’information était
restée cantonnée jusqu’à présent à
des cénacles de spécialistes. La voici dans le domaine public.
Son auteur est crédible : M. Delouvrier, aujourd’hui disparu, a
laissé le souvenir d’un grand serviteur de l’Etat qui n’avait
rien d’un élucubrateur. "Je ne vois pas de raison, aujourd’hui
encore, de récuser son témoignage", observe son confident,
l’historien Daniel Lefeuvre, aujourd’hui enseignant à Paris-VIII.
D’après ses recherches, le FLN aurait utilisé une partie
de l’argent pour installer une fabrique d’armes au Maroc avec l’aide
de militants de l’extrême gauche française.
Mais le témoignage posthume de M. Delouvrier est unique à ce jour.
Négociateur des accords d’Evian, Redha Malek juge "ridicule"
la thèse d’une connivence entre l’Etat français et
son adversaire d’alors. "Nous étions en guerre (...). Tout
ça s’est du bla-bla, dit-il. -Les Français- voulaient garder
le Sahara, ils voulaient tout garder, de là à nous donner des
royalties..."
Un autre acteur essentiel de cette période est tout aussi catégorique.
Président pendant près de vingt ans de la Société
nationale de recherches et d’exploitation du pétrole en Algérie
(SN-Repal), à qui l’on doit les découvertes d’Hassi
Messaoud et d’Hassi R’Mel, Roger Goetze a apporté en 1998
un "démenti indigné" aux propos de M. Delouvrier. Mais
peut-être le tribut payé au FLN transitait-il par les fonds secrets
du gouvernement.
Deux éléments donnent du crédit aux propos de M. Delouvrier.
Le premier tient au fait que, en réalité, jamais les installations
d’hydrocarbures ni les pipelines, pourtant longs de plus de 600 km, n’ont
fait l’objet d’un quelconque sabotage. Le second est que nombre
d’entreprises installées en Algérie acquittaient de gré
ou de force l’"impôt révolutionnaire" au FLN. L’industriel
Paul Berliet, par exemple, a raconté comment, avant d’agrandir
son usine de camions dans la banlieue d’Alger, il avait négocié
- avec le feu vert de Paris - un accord financier avec le GPRA, le gouvernement
provisoire algérien.
Par Jean-Pierre Tuquoi, www.lemonde.fr
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