Renzaho enfin jugé - 6/1/2007



Le procès pour génocide et crimes contre l’humanité de l’ex-préfet de Kigali, le colonel Tharcisse Renzaho (photo), présenté comme l’un des acteurs majeurs du génocide rwandais de 1994, s’ouvre lundi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).


Ce procès s’annonce comme l’un des plus importants de l’histoire du TPIR, du fait de l’ampleur des massacres commis dans la capitale rwandaise pendant le génocide, qui a fait au total, selon les Nations unies, près de 800.000 morts, essentiellement des membres de la communauté tutsie.


Tharcisse Renzaho, 63 ans, qui plaide non coupable, est notamment accusé d’avoir, en avril 1994, "en vertu de son autorité, individuellement et de concert avec d’autres personnes, ordonné de tuer de nombreux Tutsis à la paroisse de l’église Sainte-Famille, au centre pastoral Saint-Paul et au centre d’éducation des langues africaines (CELA)" à Kigali, selon l’acte d’accusation.


"Vers le 15 juin 1994, Tharcisse Renzaho a ordonné par écrit à Odette Nyirabagenzi (une de ses subordonnées) de tuer André Kameya, un journaliste très critique du gouvernement intérimaire", poursuit l’acte d’accusation soulignant que le journaliste a été tué "conformément aux ordres de Renzaho".


Originaire de Kigarama (est du Rwanda), M. Renzaho, ingénieur formé en Occident, a effectué l’essentiel de sa carrière au sein de l’armée rwandaise (FAR) avant d’être nommé au prestigieux poste de préfet de la ville de Kigali, le 5 octobre 1990, trois jours après le déclenchement de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, actuellement au pouvoir).


Sa nomination a coïncidé avec des arrestations massives à travers le pays et tout particulièrement dans la capitale, où des milliers de personnes, des Tutsis pour la plupart, furent interpellées. Elles étaient soupçonnées par les autorités de collaborer avec le FPR.


Après la déroute du régime hutu face au FPR en juillet 1994, l’ex-préfet prend le chemin de l’exil, d’abord au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), puis au Kenya.


Après avoir échappé en 1997 à Nairobi une tentative d’arrestation menée à la demande du TPIR, il retourne en RDCongo, où il tente, avec d’autres anciens officiers des FAR, d’organiser une attaque contre le Rwanda.


Lors de la guerre régionale qui embrase la RDC à partir de 1998, il combat aux côtés de l’armée congolaise les troupes rwandaises.


Fin septembre 2002, le président congolais Joseph Kabila - pressé notamment par le président américain George Bush - avait fait arrêter Tharcisse Renzaho, qui fut transféré immédiatement au centre de détention TPIR.


Le gouvernement américain avait offert jusqu’à cinq millions de dollars pour des informations permettant l’arrestation d’une quinzaine de Rwandais recherchés par le TPIR. L’expréfet figurait sur cette liste.


Le TPIR, dont le siège est à Arusha, en Tanzanie, est chargé de rechercher et juger les principaux responsables présumés du génocide rwandais. Il a prononcé à ce jour 27 condamnations et 5 acquittements.

 

source: Afrique Centrale