L'affaire Bollardière vue
par les Généraux Allard et Salan
Saint Cyrien de la promotion du chevalier Bayard (1923-25), Jacques Allard participe
à tous les combats des tirailleurs marocains. Il participe aux opérations
du Rif, est blessé sur le front de Cassino et devient alors un des adjoints
du général Juin dans la campagne d'Italie. Ses fonctions en état-major
ne sont pas moins remarquables: il assure le soutien de l'armée de Lattre
du débarquement à la campagne d'Allemagne, est en Indochine chef
d'état-major des généraux de Lattre et Salan, puis en 1954
l'adjoint du Haut commissaire Ely, en 1956 le chef des opérations du Shape.
En Algérie, il commande la division de Constantine en 1955, le Corps d'armée
d'Alger en 1957, les Forces terrestres en 1958.
En 1957, il a donc sous ses ordres les généraux Massu, Huet et Bollardière.
Lorsque le 7 mars ce dernier demande à être relevé de son
commandement du Secteur Est de l'Atlas blidéen (SEAB), il est convoqué
par le général Allard, qui dans son rapport du 28 mars (Source privée
et familiale), donne une version de l'affaire qui est assez différente
de celle qu'en a donné l'intéressé, et qu'en ont retenu les
médias et les mouvements pacifistes : Guy Boubault, Benoît Gauchard,
Jean-Marie Muller. Jacques de Bollardière, compagnon de toutes les libérations.
Le général qui a refusé la torture en Algérie. Ed.
Non-Violence Actualité. Montargis. 1986. J. de Bollardière. Bataille
d'Alger, bataille de l'homme. Desclée. 1972. R.Barberot. Malaventure en
Algérie. avec le général Paris de la Bollardière.
Plon. 1957. JJ Servan-Schreiber. La guerre d'Algérie. Paris-Match Edition.
1982. p.218. André Gazut en fait une exploitation médiatique dans
La pacification, présenté par ARTE le 12-19 février 2003.
Lettre :
"CORPS D'ARMEE D'ALGER LE GENERAL
ALGER, le 28 Mars 1957
W200/CAB SECRET CONFIDENTIEL
PERSONNEL DES OFFICIERS GENERAUX
RAPPORT
Le Général de BOLLARDIERE, que j'avais convoqué à
la suite de sa demande de relève de commandement, m'a confié que:
1°- Sa décision était irrévocable; il demandait instamment
qu'une suite favorable lui fut donnée rapidement. En attendant une décision
officielle, il sollicitait l'octroi d'une permission de 30 jours.
2°)_ Les raisons de son attitude, telles qu'il me les a confiées en
y mettant beaucoup de passion, peuvent se résumer ainsi :
a)- Désaccord sur la réorganisation du Commandement; avant le 1er
janvier, il dépendait directement du Général Commandant la
Division Militaire d'Alger, en tant que Commandant de Secteur Opérationnel
Autonome, depuis il avait été coiffé par deux Officiers Généraux
: le Général MASSU, Commandant la Zone Nord, et le Général
HUET, Adjoint Opérationnel du Général MASSU.
b)- Désaccord de fond concernant les directives d'action du Général
Commandant la Zone Nord sans que cependant il ait pu me préciser de façon
claire ce qu'il n'admettait pas dans ces directives.
c)- il n'avait jamais admis les remarques formulées par M.Max LEJEUNE au
cours d'une Inspection dans le S.E.A.B.le 10 Février à la suite
de son exposé sur les méthodes de pacification. Il considérait
que ces remarques étaient une désapprobation de son action. M.Max
LEJEUNE avait, en effet, déclaré, qu'il était dommage de
voir les militaires faire le métier des civils alors qu'ils seraient mieux
employés à pourchasser les bandes rebelles dans les Djebels.
En dehors de ces trois points, il ressort nettement de l'attitude prise par le
Général de BOLLARDIERE qu'il lui a été très
pénible d'avoir comme Chef le Général MASSU, auquel, par
suite de vieilles rivalités en tant que parachutistes, il n'admettait pas
d'être subordonné. D'autre part, le Général de BOLLARDIERE
m'a paru nettement fatigué, plus moralement d'ailleurs que physiquement,
à la suite d'une période de 7 mois de Commandement, certainement
rendu très délicat par la nature spéciale des troupes qui
lui furent confiées (1/2 Brigade de l'Air) et pour partie de leur encadrement.
Pour résumer, la demande de relève du Général de BOLLARDIERE
m'a paru motivée par son désaccord sur:
- la subordination qu'entraînait pour lui la réorganisation nécessaire
du commandement dans laquelle il s'est trouvé impliqué,
- les directives et les méthodes qu'il lui était demandé
d'appliquer,
- la désapprobation de ses propres méthodes qu'il a senties chez
le Secrétaire d'Etat aux Forces Armées "Terre".
La fermeté de sa décision, et les circonstances qui l'ont entourée
m'ont ainsi amené dans ma lettre n0126/CAB/SC du 8 Mars dernier à
appuyer instamment la demande qu'il vous avait directement adressée.
Signé Allard